Un lieu chargé d’histoire

La Clef est au cœur d’un des quartiers les plus anciens de la capitale : enchevêtrement de vestiges gallo-romains ou médiévaux et de constructions modernes, un mélange de jardins et de ruelles animées à la nuit tombée, une population hétéroclite d’étudiants, de riverains fidèles et de touristes.

Au milieu du XIXe siècle, le cinquième arrondissement à connu de grands changements notamment grâce aux travaux entrepris par Haussmann qui a permis au quartier d’être plus aéré, plus spacieux reflétant ainsi sa dimension historique, universitaire et scientifique. Les nouvelles voies furent souvent nommées en l’honneur des scientifiques du Jardin des Plantes, des professeurs d’université ou des philosophes : Jussieu, Geoffroy Saint-Hilaire, Claude Bernard, Descartes… La rue Monge doit son nom à Gaspard Monge, un géomètre français à l’origine de la construction de l’Ecole polytechnique, et la rue Daubenton à un naturaliste et médecin du 18ème.

Du petit cinéma au centre culturel

En 1969, Maurice Frankfurter achète un vieux bâtiment délabré et fait construire un cinéma art&essai de quatre petites salles dans un quartier étudiant en pleine ébullition post-68. Appelé déjà La Clef, car situé le long de la rue de la Clef, même si les deux entrées sont rue Monge et rue Daubenton, il est pendant toutes les années 1970 un des hauts lieu du cinéma indépendant, du cinéma engagé, des projections-débats politiques, et extrêmement fréquenté par la population étudiante de la toute nouvelle faculté Sorbonne-Nouvelle à quelques mètres. Aujourd’hui encore, de nombreux spectateurs nous racontent avoir fréquenté assidument La Clef dans les années 1970.

En 1981, au moment où la gauche arrive au pouvoir, une crise sans précédent affecte les entrées cinéma, et touche particulièrement la petite exploitation. M. Frankfurter vend le bâtiment au Comité d’Entreprise de la Caisse d’Epargne d’Ile de France, qui en est toujours le propriétaire, et qui en modifiera l’architecture pour en faire son centre culturel. Trois des quatre salles de cinéma sont transformées : l’une au rez-de-chaussée en salle «polyvalente», une autre au sous-sol, en atelier peinture, enfin celle du premier étage, la plus grande, en salle de spectacle cinéma/musique/théâtre avec l’ajout d’une profonde scène.

Curieusement, le changement fondamental de destination du bâtiment, d’un cinéma engagé et bouillonnant en un centre culturel privé intervient à une époque où la «culture militante» disparaît un temps avec l’élection de Mitterrand, un certain milieu culturel pensait alors qu’avec la gauche au pouvoir l’art engagé n’avait plus lieu d’être, et que l’art se suffisait à lui-même.

Cinéma d’Ailleurs

En 1991, un réalisateur d’origine africaine vivant à Paris cherche un lieu pour diffuser du cinéma «black». Il propose au Comité d’Entreprise de la Caisse d’Epargne de rouvrir une exploitation cinématographique dans les deux salles où cela est encore techniquement possible, hors du temps utilisé par le Comité d’Entreprise pour ses propres activités. C’est ainsi qu’apparaît fin 1991 dans le paysage cinématographique parisien «Images d’Ailleurs», nouveau nom donné à la salle par ce nouvel exploitant.
La volonté de ne diffuser alors que du cinéma issu des cultures noires a toute légitimité à ce moment là. En Afrique sub-saharienne les films se multiplient, une nouvelle vague du cinéma afro-américain émerge. En 1992, lors du Festival de Cannes, devant le nombre de réalisateurs africains, afro-américains ou de la diaspora noire, de nombreux journalistes titrent «La croisette noire».
Mais cette vague retombera bien vite, et dès les années 1994/1995, Images d’Ailleurs doit élargir sa programmation d’abord vers les cinématographies du monde arabe, puis vers toutes les communautés, au risque de perdre en lisibilité éditoriale. Cette structure exploitera toutefois ces salles pendant près de 18 ans.

En parallèle pendant ces années 90 et 2000, le Comité d’Entreprise de la Caisse d’Epargne maintiendra une activité de diffusion audiovisuelle ponctuelle et diversifiée via des associations sur des thématiques engagées, du cinéma militant ou expérimental.

Un nouveau cinéma à l’Usage du monde

Les salles sont reprises en septembre 2010 par une équipe de passionnés constituée au départ de Raphaël Vion, Isabelle Buron, Nicolas Tarchiani, et Derek Woolfenden, auxquels se sont joints rapidement Sébastien Liatard, et Camille Divay, et plus récemment Antoine Marais et Dounia Baba-Aïssa, qui forment l’équipe actuelle de permanents. Il devient le Cinéma La Clef – L’Usage du Monde, en hommage à Nicolas Bouvier, insatiable découvreur.

La ligne éditoriale est double: diffuser du cinéma engagé et faire découvrir des cinématographies peu diffusées.
Témoigner des enjeux humains, environnementaux, sociaux et politiques du monde de demain à travers des films du monde entier. Mais aussi faire découvrir des cinématographies du monde au travers du regard qu’ils portent sur l’évolution des problèmes contemporains.
Une proposition de cinéma diversifiée, laissant le plus de place possible aux films que l’on ne peut voir nulle part ailleurs.

Une programmation articulée en trois types de programmation: des continuations, des sorties nationales sur des combinaisons de copies à Paris très réduites, mais aussi des évènements (débats, festivals, ciné-concerts etc.).

C’est dans le cadre de cette démarche que le cinéma propose :

– un travail vers le jeune public par le biais de la programmation de « L’enfance de l’art »
– des rencontres instructives avec les « Mercredi du doc » qui proposent chaque mercredi un documentaire inédit ou peu diffusé accompagné d’un débat
– des rendez-vous culturels à la programmation variée autour de festivals organisés par des associations (Autres Brésils, Attac…)

Le Cinéma La Clef est aujourd’hui le seul cinéma associatif à Paris.